Retour en Chine

Retour de Chine

Billets d'humeur

Le mois de septembre fut pour moi l’occasion de découvrir la Chine – dans la mesure où l’on accepte de considérer Pékin comme représentatif de ce gigantesque pays. Ce voyage professionnel me valut de parcourir en rafale la cité interdite, la place Tien An Men, le palais d’été (monumental parc d’agrément aux allures de décor d’opérette), les temples qui ponctuent la ville comme autant de bulles d’oxygène (le temple des lamas, le temple du ciel) et quelques autres monuments historiques ayant survécu à la spéculation immobilière.

Car c’est bien ce qui frappe le visiteur ici : un irrépressible appétit de développement, de profit, d’expansion. Malaise pour les occidentaux que nous sommes, élevés dans le culte du patrimoine, éternels nostalgiques, infatigables conciliateurs du libéralisme et du passéisme. Et l’impression terriblement « exotique » de surprendre un pays en pleine reconstruction d’après guerre. Comme si la ville se bâtissait ex nihilo, répondant aux seules lois de la survie par un développement économique échevelé.

Quelques enclaves qui rappellent la ville telle qu’elle était il y a peu encore, avant l’ouverture au tourisme dans les années 80, sont livrées aux touristes avides de tableaux pittoresques. Sans véritable justification esthétique ou patrimoniale, certains quartiers ont eu le droit de préserver leur lacis de « hutong », sortes de ruelles constituées de maisons basses comme autrefois (on chuchote que cette grâce serait accordée en fonction des lieux de résidences des pontes du parti…). Partout ailleurs, le béton règne en maître. A peine décorés, à peine finis, les bâtiments modernes donnent l’impression d’avoir été construits à la hâte, sans autre ambition que de conjuguer gigantisme et pragmatisme.

Murs gris, chaussées grises, magasins gris, ciel gris. C’est ce qui frappe le plus en arrivant à Pékin : ce ciel incroyablement opaque (« bas » signifierait qu’il paraisse à portée de main alors qu’il semble au contraire inexistant), cette toile épaisse, tendue au-dessus de nos têtes qui rend le soleil impossible à situer. Un filtre, un filtre gris, quasi inamovible. Pour faciliter les déplacements, la ville a été quadrillée par plusieurs « grandes artères ». A l’évocation de ces termes universels, on imagine des avenues haussmanniennes, voire New Yorkaises, sorte de canaux de dégorgement devenus promenades populaires. L’avenue Chang’an (avenue de la paix éternelle) et l’avenue ping’an (avenue de la paix) sont plutôt deux impressionnantes autoroutes urbaines impossibles à franchir, constituées chacune de 2 fois 6 voies, plus 4 voies pour les vélos (plus de 30 mètres de large).

Autant dire que la vie de quartier avait peu de chance de survivre à cette perforation. En résultent des images saisissantes de contrastes (voir photo), fidèles symboles du bouillonnement de cette société en mutation.

Comment ne pas, après ce constat déroutant, se réjouir de l’indévissable bonne humeur des chinois, de leur énergie, de leur fraîcheur d’esprit. On les découvre enthousiastes à l’égard des étrangers que nous sommes, même s’il est indéniable que le pays ne cherche ni à séduire, ni même à conquérir, au sens occidental, c’est à dire expansionniste et colonisateur. Il n’a pas « encore – de temps pour cela. Il veut seulement croître. Disons plutôt qu’il offre ce qu’il croit être son meilleur atout : son appétit !