Fast Good, Madrid

Le nouveau Fast Good

Billets d'humeur

Après l’Espagne, le Chili, le Mexique, l’Argentine et le Brésil s’apprêtent à accueillir le «Fast Good» du célèbre chef Catalan. Ca vaut le voyage ?

S’il est une caractéristique de la situation de la cuisine française au 21ème siècle, c’est bien la levée des pré carrés jusque là occupés par les porteurs de l’ordre gastronomique. Terroristes et toqués se renvoyaient la balle habilement, tandis qu’une foule d’amateurs enthousiastes piaffait pour essayer de l’attraper au bond. La gastronomie française s’étant vu sonner les cloches depuis quelques temps, la vox populi culinaire se fait de plus en plus audible. Toute première tribune : la blogoshère, où passionnés de tous poils se renvoient recettes, expériences, conseils, faisant d’internet le laboratoire culinaire le plus riche, le plus drôle et le plus accessible de notre époque. C’est dans cette marmite à idées que je pioche en priorité des adresses de restaurants lorsque je quitte Paris. Pour préparer mon séjour à Madrid je découvrais sur anaikcuisine.canalblog.com l’existence d’un fast food gastronomiquement correct. Géré par une grande chaîne d’hôtels madrilène (NH), «Fast Good» est installé en plein centre de ville. Le design pop de la façade amuse : le logo est enfermé une bulle vert pomme qui orne portes, façades, murs, produits, sets. On imagine le résultat de l’étude de marché : «cibler une clientèle jeune à fort pouvoir d’achat qui n’a plus le temps de s’attabler au restaurant mais désire prendre soin de sa santé et de sa ligne…». Rien d’inédit si ce n’est le Deux ex Machina responsable de celui là : le génial Ferran Adria. Le maître de la déconstruction culinaire propose donc d’entrer au fast food par la grande porte, celle qui ouvre la voie vers une galaxie nouvelle, riche de nature et de bien être. Proposés en libre service dans une vitrine réfrigérée, salades du jour à base de pâtes, de riz ou de … salade, micros sandwichs au pain de mie, paninis, jus de fruits sans aditif, yaourts à boire (batidos), tous estampillés «Fast Good» et garantis «prodocto del dia» (produit du jour). Possibilité de passer ensuite au comptoir pour commander l’incontournable burger ou sa version italienne avec renfort de roquette et de gorgonzola. Frites  » non surgelées – dorées à l’huile d’olive, burgers garnis de steack haché maison (150 ou 200 g pièce) cuit saignant selon la commande, petits pains à l’huile d’olive… Réminiscence-flash d’un dîner enchanteur dans le fief du maître à Cadaques. Je regarde autour de moi, la salle est presque vide. Une irrépressible émotion me secoue : et si la promesse était tenue ? Et si je m’apprêtais à connaître le nirvana de la restauration rapide, antichambre d’un âge de raison alimentaire voué à devenir universel ?

Dans une respiration profonde, je commande un burger classique et une frite, chacun en petite portion, considérant que mon plateau est déjà garni d’une salade de poulet-fruits secs, d’un (nano) sandwich thon-soja et d’un yaourt à boire ananas-coco «natural 100%». La serveuse me tend un numéro (vert) pour éviter que mon burger, une fois cuit, ne soit livré chez mon voisin. Juchée sur mon tabouret, j’accroche un oeil sur les plasmas, une oreille sur la bande audio, puis j’ouvre, décolle, dévisse, et débouche les divers plastiques avec un appétit mâtiné de curiosité. Indéniable tenue des lamelles de poulet, loin devant les agglomérats de volaille de batterie propre à l’exercice. Originalité et fraîcheur de la vinaigrette, relevée d’échalotes marinées à l’orange. Quelques noix, noisettes et amandes apportent les glucides nécessaires, mais une fois la forêt de salade avalée, pas de quoi faire un repas. Reste le sandwich, une bouchée dodue farcie de thon à l’huile. Facturée, elle reste un peu en travers de la gorge. Entrer en scène du protagoniste : le burger. Celui par qui le miracle peut arriver. L’assiette «en dur» impressionne. Dans un petit pain relativement indigeste, un steack gras, compact, ultra assaisonné, seulement escorté de branches de salade verte grassouillette. Je vous épargne les frites, sorte de raz de marée oléicole qui rend la serviette papier indispensable entre chaque bouchée. On regarde avec tristesse les condiments mis à disposition : ketchup, moutarde, Worcestershire sauce, balsamique et … huile d’olive. Idée noble mais qui ne sauve pas le naufrage. Un petit coup de yaourt à boire peut-être ?
L’étiquette affiche la date de vendredi. Décidemment, mauvais lundi.

La foret de salade avalée, on se réjouit de découvrir dans le fond de la barquette, des petits dés de… fromage ? Une saveur soutenue, un bleu sans doute ? Pourtant la couleur n’y est pas. Réflexion faite il s’agit de petits dés de poulet un peu « passés ». Rien de surprenant puisque le jour de fabrication indiqué sur l’emballage est… hier.

Fast Good
Calle Padre Damián, 23
Esquina de l’hotel NH Eurobuilding.
Madrid
Tel : 91 343 06 55